A . M . T . T . V .

Une organisation motocycliste, fraternelle et nationale, sans haine et sans crainte, ayant parmi ses buts la défense des droits et des intérêts des motocyclistes au Québec. En accord avec cette philosophie, l'A.M.T.T.V. est ouverte à tous les motocyclistes, de toutes les régions, membres ou non d'une autre organisation.

Fondée par Michel D'Agnese, un motocycliste reconnu pour sa rudesse et son dévouement (deux qualités qui vont marquer la vie de cette nouvelle organisation), et une poignée de motocyclistes convaincus, l'Association motocycliste Tétreaulville, aussi connue affectueusement ou autrement sous le nom de "Tétreaulville", a accompli beaucoup au cours des vingt premières années de son existence. Le présent texte n'a donc pas la prétention de décrire tous ses accomplissements, ni même de les résumer. Un livre pourrait être écrit sur cette période tellement elle est riche et forte en événements retentissants. Nous allons tenter au cours des prochaines pages de vous présenter simplement un bref aperçu de l'histoire des vingt premières années Tout au long de cet aperçu historique, nous remarquerons que l'histoire de "Tétreaulville" se croise avec celle de la Fédération motocycliste du Québec, l'organisation nationale et unitaire des motocyclistes québécois. Il ne pouvait en être autrement car dès le début, "Tétreaulville" comprit l'importance et la nécessité de l'unité dans la défense des droits et la promotion des intérêts des motocyclistes.

Avant toute autre chose, "Tétreaulville" est une organisation politique même si, évidemment et heureusement, elle n'est pas que politique. Un philosophe grec du nom de Platon, né il y a environ deux milles quatre cents ans avant notre è re, donc malheureusement trop tôt pour être membre de "Tétreaulville", a écrit que "Ceux qui sont trop intelligents pour s'engager en politique sont punis en étant dirigés par ceux qui ne le sont pas". Cette pensée philosophique de Platon a guidé les pionniers de "Tétreaulville" tout au long de son laborieux cheminement.

Le tout débuta dans la cuisine du domicile de Michel D'Agnese, il y a vingt ans. Tout au plus une dizaine de motocyclistes étaient présents. Certaines personnes, quelques semaines auparavant, avaient fait comprendre à Michel D'Agnese que, à cause de certains traits particuliers de son caractère et de son allure physique, sa présence n'était plus bienvenue dans l'Association Moto-Touriste Montréal, car, disait-on, elle faisait peur aux autres et empêchait l'organisation de se développer. L'AMTM était alors l'association numériquement la plus forte au Québec; elle a fermé ses portes, il y a environ une dizaine d'années avec un membership réduit au plus à une vingtaine de personnes ce qui en dit long sur ce qu'elle représentait. On reprochait à Michel D'Agnese sa rudesse; ils avaient raison. Ils avaient peur de son dévouement; ils avaient encore raison. Cette rudesse de caractère et ce dévouement à la cause du motocyclisme, Michel a su les inculquer de façon permanente à l'association qu'il a mis sur pieds. En effet, tout au long de l'histoire de "Tétreaulville", cette rudesse et ce dévouement seront une constante comme tous ses amis et adversaires pourront vous le confirmer aisément.

Dès ses premières heures d'existence, "Tétreaulville" se différenciait de la majorité des associations. Son caractère unique allait l'amener à une confrontation avec la Fédération Moto-Touriste du Québec d'alors. Celle-ci refusa catégoriquement le logo et l'identification de la nouvelle association; elle les trouvait trop rudes, trop agressifs et, surtout, nuisible à l'image du citoyen plus-que-parfait qu'elle visait. Il est vrai que ce logo et ce nom illustraient très bien la philosophie libertaire de "Tétreaulville". Le logo était un chevalier en armure, une route se faufilant entre ses pieds en écart avec, sur cette route, un convoi de motocyclistes. Et le nom était très significatif des adeptes de cette philosophie, les "Black Knights". Le chevalier noir, de toute sa stature, défendant les droits des motocyclistes; existe-t-il une meilleure image de "Tétreaulville"? La route n'est elle pas symbolique du chemin, parfois sinueux, parfois direct, qu'allait suivre "Tétreaulville"? Le convoi de motos n'est il pas symbolique d'un autre des objectifs de "Tétreaulville", celui de rassembler, sans aucune forme de discrimination, le plus grand nombre d'adeptes de la moto? Les motocyclistes chargés d'appliquer la loi avaient déjà leur organisation, les "Blue Knights"; les motocyclistes épris de liberté et conscients de leurs droits auraient maintenant la leur. Les "Black Knights", autrement dit "Tétreaulville" en germe, faisait déjà peur.

L'avenir prouverait qu'on pouvait peut-être, momentanément, contrôler l'image et l'identité de la nouvelle organisation, mais pas son caractère et encore moins sa philosophie libertaire. La nouvelle organisation aura donc comme nom "Association Moto-Touriste Tétreaulville" et comme emblème la fourche de moto (symbole du motocyclisme) au centre d'une couronne de lauriers (symbole de victoires et de succès) qui est reconnue partout au Québec et même à l'extérieur. Ses premiers mois d'existence furent entièrement consacrés à la formation d'un noyau d'équipe qui saurait allier la rudesse avec le dévouement toujours en accord avec le caractère spécial (exécrable diront d'autres) du Michel D'Agnese en question. La tâche n'était pas facile, mais la petite histoire nous prouvera que le bonhomme avait la carapace nécessaire pour la tâche.

Une mise en contexte s'impose ici si l'on veut comprendre le pourquoi de la fondation de "Tétreaulville" et surtout son évolution phénoménale. Il faut se souvenir, qu'il y a vingt ans, le monde organisé de la moto au Québec était composé presque exclusivement d'associations de loisirs. Organiser des partys, des sorties, des rencontres sociales, bref, uniquement des loisirs, telle était la raison d'être des associations de cette époque. Exclusivement des loisirs, rien d'autre. La défense des droits était quasi inexistante et la promotion des intérêts comportait beaucoup plus de souhaits que d'actions. De plus, l'image était énormément plus importante que la substance. Il fallait paraître bien, ne jamais élever la voix, ne jamais rien réclamer, ne pas porter la barbe, ne pas avoir les cheveux longs, ne pas s'habiller de noir il fallait se promener en rangées étroites et sous un code très strict (établi par des envoyés du ciel), avoir une moto impeccable de propreté et, surtout, écouter et obéir attentivement, sans faire le moindre bruit, aux autorités et aux responsables d'organisations que les cieux pouvaient nous envoyer. En d'autres mots, paraître comme des citoyens plus-que-parfaits comme seuls des bureaucrates peuvent les imaginer.

Si Shakespeare avait été membre de ces organisations, il aurait pu écrire "Paraître ou ne pas paraître" au lieu de son célèbre "Être ou ne pas être". Bref, c'était l'époque de l'intolérance des tolérants... Imaginez cette époque révolue et transposez-y la bruyante et grouillante "Tétreaulville" que vous connaissez, avec la rudesse et le dévouement que vous lui reconnaissez, sans oublier l'apparence "méchante" et même pire de certains de ses membres, et vous en conviendrez que la situation était pour le moins explosive. C'est d'ailleurs ce qu'elle fut effectivement.

Dès les débuts, "Tétreaulville" accepta dans ses rangs les laissés-pour-compte, exclus, les rejetés des autres organisations au grand dam de ces dernières qui voulaient vouer ces motocyclistes rebelles au néant organisationnel. De plus, "Tétreaulville", par le charisme et la rudesse de son président-fondateur, réussissait à recruter des éléments motocyclistes qui, jusqu'alors, avaient toujours refusé d'adhérer à une organisation quelconque... des irréductibles motocyclistes individualistes mieux connus sous le nom de "loners". Le mélange était dit explosif et le résultat fut à la hauteur des attentes.

Dès les premières réunions du Conseil régional 06 (Montréal métropolitain) de la Fédération Moto-Touriste du Québec, on réclamait déjà l'expulsion des délégués de "Tétreaulville" à cause, disait-on, de leur mauvaise image, de leur indiscipline, de leur manque de civisme, de leur rudesse de propos et d'agissements, mais dans les faits, on voulait les expulser en considération de leurs idées, révolutionnaires pour l'époque, qui consistaient simplement dans la priorisation absolue de la défense des droits et de la promotion des intérêts des motocyclistes.

Lors d'une de ces réunions du Conseil d'administration régional de la FMTQ, on craignait tellement les délégués de "Tétreaulville" qu'on fit même appel au président de la Fédération qui vint en personne, par avion s'il vous plaît (et, naturellement, aux frais de la princesse) de Rouyn-Noranda dans le but de mettre "Tétreaulville" à sa place, c'est-à-dire dehors. Ce président, directeur d'école de formation, très autoritaire envers ceux qui n'étaient pas de son niveau (ce qui semblait, selon ses agissements, être le lot de l'humanité ingrate) était accompagné docilement du Comité exécutif de la Fédération quasiment au grand complet, sans oublier le directeur général du secrétariat (un employé modèle qui ne s'exprimait courageusement qu'en coulisses). Mais les moyens étaient trop gros en rapport du problème et cela éveilla la sympathie des délégués présents qui étaient d'accord pour discipliner les rebelles de "Tétreaulville", mais pas au point des expulser. Après un meeting plus qu'orageux qui se termina au environ de minuit, "Tétreaulville" s'en tira avec les honneurs et quelques amis en plus. Ainsi débuta le combat du petit David contre le géant Goliath.

Ce fut la première tentative pour expulser "Tétreaulville" mais ce ne fut pas, loin de là, la dernière. Cependant toutes ces tentatives d'écraser "Tétreaulville", sans exception, et elles furent fort nombreuses au long de ces quinze années, se sont soldées par un échec. Le dicton populaire "Quand vient le temps d'une idée, rien ne peut l'écraser" s'avérait véridique et prouvé dans les faits.

Les années qui suivirent virent "Tétreaulville" passer d'un membership d'une vingtaine de motocyclistes à presqu'une centaine. Ses réunions n'étaient pas de tout repos, car on y pratiquait une anarchie douce, c'est-à-dire un ordre organisationnel résultant du libre jeu des volontés individuelles... avec ce que cela comporte de risques d'étincelles et de bruits. Tout comme aujourd'hui d'ailleurs, ces réunions étaient déjà très bruyantes, d'apparence désordonnée et revendicatrice à l'extrême. Et il en était de même lorsqu'une délégation était envoyée dans les réunions des organismes auxquels "Tétreaulville" était affiliée. La douce anarchie se répandait, doucement, tranquillement, mais sûrement.

Au cours de cette étape, le C.A. de "Tétreaulville" décida de publier un périodique d'opinions et d'humour soutenant la solidarité et la fraternité entre les motocyclistes. Ce périodique, LE RAYON, évolua à la vitesse de l'éclair, paradoxalement grâce, en partie, à ses voisins de l'AMT d'Anjou. Cette association, comme la majorité des associations de l'époque, tentait d'enrégimenter ses membres et ajoutait de façon très drastique des règlements obligatoires. "Tétreaulville", pour sa part, reconnaissait le caractère distinct de chaque motocycliste et son besoin de liberté et agissait en conséquence. Cette philosophie, exprimée en toute liberté dans les pages de son périodique, allait créer inévitablement des remous. La première touchée fut l'AMT Anjou qui, suite aux transferts dans "Tétreaulville" de plusieurs de ses membres à cause justement de cette sur-réglementation, cria au scandale, au maraudage. Il n'en fallait pas plus pour donner des idées aux responsables de "Tétreaulville". Le périodique d'humour et d'opinions LE RAYON changea de nom et devint, en réponse à ces accusations de maraudage, LE MARAUDEUR. Le provocateur provoqué réagissait avec audace. Ce controversé périodique ne s'éloignera jamais de sa philosophie et de la provocation; il ne subit au fil du temps que de très minimes modifications. En effet, mis à part l'ajout en page couverture de la représentation de pionniers plantant un drapeau de "Tétreaulville", il demeura fidèle à ses origines et à la philosophie particulière de "Tétreaulville". Ironie du sort, l'AMT Anjou a cessé d'exister il y a quelques années et la majorité de ses membres ont transféré dans "Tétreaulville". Le "maraudage" a fait son oeuvre, semble-t-il.

Les articles et les caricatures contenus dans les pages du MARAUDEUR, dès le début, furent rudes, agressifs, provocateurs, choquants, voir vulgaires selon certains, mais son impact fut tel que plusieurs motocyclistes de la région, amis et ennemis confondus, attendaient avec impatience la parution de chaque édition. LE MARAUDEUR faisait réagir, provoquait, forçait la réflexion par ses opinions chocs et son humour plus que noir. Plusieurs motocyclistes membres d'organisations autres demandèrent à recevoir LE MARAUDEUR régulièrement. Le C.A. de l'association décida alors de leurs ouvrir ses rangs sans qu'ils soient dans l'obligation de quitter aucune autre organisation. Certains dirent que c'est ainsi que "Tétreaulville" a commencé à infiltrer les autres organisations; d'autres dirent que c'est ainsi que les autres organisations ont commencé à infiltrer "Tétreaulville".

Durant cette période, "Tétreaulville" autorisa la première de ce qui allait être une série annuelle d'émissions numismatiques. Ces "trade dollars", tout comme les "Friendship Tokens" américains, en plus de donner du prestige à l'organisation émettrice, ont comme but de d'inciter et de faciliter la fraternité entre les membres et leurs alliés. Si vous voulez savoir comment cela fonctionne, vous n'avez qu'à voir ce qui arrive à un participant qui a oublié sa pièce chez lui. Il devint alors bruyamment populaire auprès de ceux qui ont leur "trade dollar" sur eux et à qui il devra payer le Coke. Tout ce branle-bas piqua la curiosité de beaucoup de motocyclistes. Comment une association pouvait-elle survivre à tant d'accusations, de médisances et de calomnies? Cette publicité, bien involontaire, profita à "Tétreaulville" qui su admirablement faire feu de tout bois. Sa croissance se démarquait déjà de celle de toutes les autres associations du pays.

Avec le temps, au Conseil régional 06 de la FMTQ, les idées de "Tétreaulville" attirèrent de plus en plus une sympathie qui se traduisit finalement par un appui. Le droit à la différence, la défense des droits, la promotion des intérêts, le devoir d'unité, devinrent de plus en plus acceptés. Un vent de liberté et de fierté d'être motocycliste balaya le Conseil régional 06 qui devint alors, à la suggestion des délégués de "Tétreaulville", l'Alliance motocycliste métropolitaine (AMM), un organisme supra-régional qui ouvrait ses portes à toutes les organisations motocyclistes ayant un lien ou une affinité avec la métropole, sans discrimination aucune envers le genre de motocycliste ou la marque de moto. L'AMM devenait le fer de lance de l'avant-garde motocycliste au Québec.

Peu de temps après la fondation de l'AMM, une crise éclata dans le domaine des assurances moto suite à une augmentation vertigineuse des primes d'assurances décrétée sans avertissement par l'Industrielle-Alliance, alors la compagnie d'assurance accréditée par la FMTQ. L'AMM décréta alors, à la suggestion de "Tétreaulville", la mise sur pied d'un comité régional d'assurances chargé de trouver une ou des solutions au problème des assurances. Ce comité lancé officiellement lors de sa première assemblée générale en tant qu'AMM fut, dans un premier temps, reconnu comme organisme régional par la FMTQ et, par la suite, devint le Comité permanent assurances antivol (CPAA) que l'on connaît tous et qui a fait qu'encore aujourd'hui les motocyclistes québécois paient les primes d'assurances les plus basses, à protection égale, au Canada.

Initialement, dans le but de forcer les administrateurs de la FMTQ à prendre leurs responsabilités, une délégation de "Tétreaulville" commença à assister aux réunions de leur Conseil d'administration. Au début, certaines personnes s'expliquaient mal la présence de "Tétreaulville" et la plupart des administrateurs de la FMTQ avaient énormément de difficultés à tolérer la présence de cette délégation bruyante et d'apparence loin d'être conventionnelle. Qu'est-ce que ces gros bras, ces barbus, ces cheveux longs, ces malengueulés tout habillés de noir voulaient faire en assistant ainsi à ces réunions, se demandaient plusieurs. Mais, avec le temps, personne n'étant blessé (physiquement du moins) et aucune menace n'ayant été proféré (physiquement du moins), lesdits administrateurs finirent par tolérer et finalement par accepter la présence de ces motocyclistes bizarres d'autant plus qu'ils semblaient avoir des éléments de solutions aux problèmes qui confrontaient la Fédération.

Un de ces problèmes concernait le magazine de la FMTQ d'alors, le MOTO-NOUVELLES. Malgré le fait que le secrétariat était constitué d'une bonne demi-douzaine de personnes (des professionnels selon les dires du président de l'époque), son magazine ne suscitait pas grand intérêt de la part des membres et n'avait aucun impact dans le monde de la moto au Québec. Cela était dû au fait que son contenu se résumait habituellement à des potins d'associations, des textes écrits par le secrétariat sur l'importance de l'image du moto-touriste, sur la chance qu'avait la FMTQ d'avoir un tel secrétariat... le tout accompagné d'une masse de photos de motos, de souvenirs de voyages, de partys, de réunions sociales, etc. On voulait remédier à cette situation, disait-on.

Dans ce but, un administrateur demanda, lors d'une pause-café, à un membre de "Tétreaulville" s'il était d'accord pour écrire un article dans chaque numéro. Après concertation entre les membres de "Tétreaulville" (concertation qui, pour plus d'intimité, eut lieu dans les toilettes à la grande surprise des administrateurs qui firent preuve d'une grande retenue au niveau de la vessie), ledit membre accepta à l'unique condition de ne pas être censuré. L'administrateur annonça alors que ledit membre de "Tétreaulville" acceptait donc d'être l'éditeur du magazine... à la surprise la plus totale du membre en question qui n'avait pourtant donné son accord qu'au titre de chroniqueur. Plusieurs administrateurs se rallièrent à la proposition de l'administrateur audacieux en disant que c'était le meilleur moyen de briser une fois pour toute la crédibilité de "Tétreaulville" en la forçant à travailler avec des professionnels tels que ceux qui composent le secrétariat. Une erreur magistrale s'il en fut une... comme les événements subséquents le prouveront.

Une surprise attendait ledit membre de "Tétreaulville". En effet, le secrétariat entendait bien le détruir e déchargeant complètement de la responsabilité du magazine. Le secrétariat ne voulait pas être lié à un motocycliste aussi rude et vulgaire qu'un membre de "Tétreaulville". Le premier numéro avec ce nouvel éditeur fut entièrement composé par lui seul. Dès le deuxième numéro, il fit appel à un autre membre de "Tétreaulville" qui accepta de devenir, à ses cotés, le rédacteur-en-chef du magazine. À eux deux, avec l'aide d'un groupe de membres de "Tétreaulville", ils révolutionnèrent complètement le magazine, autant dans son contenu que dans sa forme et composèrent une équipe qui se perpétue encore jusqu'à nos jours. Le MOTO-NOUVELLES devenait un peu plus tard, au cours de son cheminement propre, le magazine MOTOCYCLISTE connu de la plupart des motocyclistes québécois et même en Europe et aux États-Unis.

Durant cette période, en raison de son implication qui débordait de plus en plus le cadre de la région métropolitaine, les demandes d'adhésion à "Tétreaulville" influaient de plusieurs autres régions, mêmes aussi éloignées que la Côte-Nord. Le C.A. de l'association décida donc d'ouvrir ses rangs aux motocyclistes des autres régions. Certains dirent que c'est ainsi que "Tétreaulville" commença à infiltrer les autres régions; d'autres dirent que c'est ainsi que les autres régions commencèrent à infiltrer "Tétreaulville".

Au cours des mois qui suivirent, fort de l'appui unanime de l'AMM, "Tétreaulville" proposa lors d'un congrès de la FMTQ de changer le nom pour "Fédération motocycliste du Québec". Cette première tentative fut, en apparence, un échec, car sa proposition, qui fut longuement et passionnément débattue, ne fut pas acceptée, mais on concédait le droit aux associations qui le désireraient de changer leur appellation de "moto-touriste" en "motocycliste". À peine quelques heures plus tard, l'Association Moto-Touriste Tétreaulville devenait l'Association motocycliste Tétreaulville, la première de toute une série d'association à effectuer ce changement. Une faille était ouverte dans la forteresse et cette faille d'apparence anodine allait s'avérer fatale aux adversaires du renouveau qui s'annonçait.

Après cette première tentative malheureuse, "Tétreaulville" proposait au congrès suivant, avec succès cette fois, le changement de nom de l'organisation nationale, de Fédération Moto-Touriste du Québec (FMTQ) en Fédération motocycliste du Québec (FMQ). En apparence, il s'agissait uniquement d'un changement de nom, mais la réalité était toute autre. Ladite organisation nationale reconnaissait par ce changement que les motos-touristes n'étaient qu'une des composantes du motocyclisme, qu'au Québec comme ailleurs, le motocyclisme est un terme général qui englobe toutes les composantes du monde de la moto... sans distinction aucune. Ainsi, l'organisation nationale devenait aussi unitaire.

Comme toujours, un changement d'une telle envergure provoque des réactions basées sur des émotions et des passions mal dirigées (et dans certains cas, mal digérées) et il s'en suivit une série de démissions qui affaiblit numériquement et temporairement la Fédération. Aujourd'hui, tout cela n'est qu'un vague souvenir et la FMQ est devenue l'organisation la plus puissante en nombre et en pourcentage du Canada et la plus représentative hors des États-Unis. Le renouveau tant attendu et espéré avait porté fruits.

L'étape suivante, la plus importante mais aussi la plus difficile à franchir, était la formation d'un organisme exclusivement consacré à la défense des droits des motocyclistes et ayant le soutien inconditionnel de la Fédération. L'AMM, avec aux premiers rangs "Tétreaulville", réclamait la formation d'un tel organisme depuis quelques mois déjà lorsqu'aboutit une crise au sein de la FMQ. Certains administrateurs de la FMQ voyaient dans un tel organisme une menace pour "leur" fédération, d'autres ne considéraient tout simplement pas que leurs droits étaient menacés. Quelques administrateurs réagirent férocement en voulant proposer l'expulsion de l'AMM lors de la prochaine réunion du C.A. de la Fédération. La situation entre la FMQ et l'AMM était tendue à l'extrême.

L'AMM, à la suggestion de "Tétreaulville", prit immédiatement les devants en convoquant une réunion spéciale de ses associations affiliées avec un seul sujet à l'ordre du jour, "Pourquoi l'AMM devrait-elle demeurer dans la FMQ?", et invita tous les administrateurs de la Fédération et tous les motocyclistes intéressés à y assister. Après cette réunion qui fut des plus orageuses (c'est le moins que l'on puisse dire pour décrire ces débats), avec un appui unanime, le président de la Fédération d'alors décréta officiellement le soutien de la FMQ à la création d'un comité d'action politique motocycliste auquel seraient conviées toutes les organisations motocyclistes du pays.

C'est ainsi que naquit, quelques jours plus tard, le Comité d'action politique motocycliste (CAPM). Depuis lors, le CAPM regroupe environ 95% de toutes les organisations motocyclistes du Québec, sans discrimination envers le genre de motocycliste ou la marque de moto, et constitue de l'avis de tous les observateurs, au pays ou ailleurs, la seule force politique motocycliste majeur du Canada.

Durant ce processus, l'influx de demandes d'adhésion à "Tétreaulville" de la part de motocyclistes en dehors du territoire géographique de Tétreaulville ne cessait d'augmenter au point où ceux de l'extérieur devinrent majoritaires au sein de l'association. Pour faire face à cette réalité, le C.A. de "Tétreaulville" décida de créer les régions dans son organigramme. Certains dirent que c'est ainsi que "Tétreaulville" a commencé a détruire les autres associations; d'autres dirent que c'est ainsi que les autres associations ont commencé à détruire "Tétreaulville".

Avec l'évolution du processus régional dans l'association, les membres de l'association, au début, se lièrent d'amitié et ensuite, la connaissance et l'amitié aidant, se solidarisèrent avec la Fondation R.P., la cause de la lutte contre les maladies des yeux. Depuis ce temps, la participation de "Tétreaulville" au Rallye "En route pour la vue" est majoritaire et primordiale.

Parallèlement avec ce qui précède, "Tétreaulville" devint la première organisation motocycliste québécoise à participer au "Rolling Thunder" qui se tient annuellement à Washington en soutien aux vétérans de la guerre du Viêt-nam qui, tout comme les motocyclistes, sont souvent laissés-pour-compte. La première délégation québécoise était constituée de seulement quatre motocyclistes tous de "Tétreaulville", la deuxième fut d'une vingtaine d e motocyclistes également tous de "Tétreaulville", la troisième fut d'environ deux cents motocyclistes pour la première fois de diverses associations et ainsi de suite. Aujourd'hui, grâce à cette initiative de "Tétreaulville", plusieurs centaines de motocyclistes québécois se joignent annuellement aux motocyclistes américains lors du "Rolling Thunder" dans les rues de Washington, la capitale américaine.

De plus, c'est encore un membre de "Tétreaulville" qui, dans la prolongation des objectifs de "Tétreaulville", a eu l'initiative de fonder récemment une organisation dont l'unique objectif est d'exprimer et de promouvoir cette solidarité qui n'est pas limitée par les frontières et la barrière des langues.

Tout au long de ce processus, les critiques, bonnes et mauvaises, ont été les compagnons de routes des pionniers de "Tétreaulville" ce qui n'a pas semblé déranger outre mesure ces derniers. Mais "Tétreaulville" dérangeait beaucoup de monde et pas toujours avec délicatesse, il s'en suivit des attaques de plus en plus virulentes envers l'association, ce qui devenait, dans une certaine mesure, nocif à son rayonnement. Il devenait nécessaire de prendre l'initiative à nouveau. L'assemblée générale de "Tétreaulville" décida donc de créer en son sein une société discrète composée uniquement motocyclistes chevronnés et dont l'unique raison d'être serait de servir à la protection de l'héritage et de la tradition initiée par "Tétreaulville". Ainsi fut fondé la société discrète "Ragnarok Vor Tru".

Tout au long de ces vingt années, et il en sera probablement pareil tout au long de son existence, on a répandu toutes sortes de rumeurs et de calomnies au sujet de "Tétreaulville". Comme disent les Arabes (qui ne sont pourtant pas membres de "Tétreaulville"), "La caravane passe et les chiens aboient". Ces rumeurs et calomnies ne pourront jamais cesser; d'ailleurs si elles cessaient, il y aurait matière à réflexion de la part des membres. L' important demeure que la caravane de "Tétreaulville" continue son cheminement.

"Tétreaulville" est très souvent perçue comme une association rivale, pourtant, au cour de son histoire, à plusieurs reprises, elle apporta son aide financière ou autre à diverses associations. Prenons l'exemple de BRO qui vient tout juste de fermer ses portes. Il y eu un moment où plusieurs membres de "Tétreaulville" adhérèrent à BRO dans le but de la supporter financièrement et de lui fournir une aide technique au niveau de la défense des droits. "Tétreaulville" a été le principal artisan de la popularité du "TOY RUN" de BRO au sein de la FMQ; l'assistance passa rapidement de quelques centaines à quelques milliers en provenance de plusieurs régions du pays. Le respect que porte "Tétreaulville" envers les autres organisations ne se limitait pas uniquement aux associations fédérées, mais bien au-delà. "Tétreaulville" est aussi l'artisan du premier congrès mixte au Québec, un événement qui fut tenu sous les auspices de l'AMM et au cours duquel furent réunies associations fédérées et non-fédérées, organisations francophones et anglophones.

L'Association motocycliste Tétreaulville, avec un membership de quelques centaines membres répartis dans toutes les régions du pays, est devenue une organisation nationale de première force. "Tétreaulville" est présente et active dans tous les domaines qui concernent de près ou de loin le motocyclisme québécois. "Tétreaulville" est reconnue comme un intervenant qualifié et agressif même à l'étranger comme en font foi sa participation aux congrès internationaux de Montréal, Harrisburg et d'Albuquerque et sa collaboration avec diverses organisations motocyclistes américaines et européennes. De plus, sous l'armure de ce "chevalier noir" " bat un coeur rempli de générosité; citons en exemple, le club de jeunes que "Tétreaulville" commandite pour jouer au baseball. Si "Tétreaulville" est devenue ce qu'elle est, c'est avant tout parce qu'elle regroupe des idéalistes et des passionnés qui savent allier avec maîtrise idée, passion et action... parfois, dans certains cas, pour quelques-uns, même aux détriments de leurs intérêts personnels ou encore de leur vie privée.

À l'exception du président-fondateur, aucun nom n'est mentionné dans ce très, très bref survol historique. Ce n'est pas par modestie, par omission ou par esprit de conspiration, mais tout simplement parce que cette histoire est le fait d'une équipe composée de plusieurs motocyclistes qui s'est sans cesse renouvelée. Un jour, un motocycliste qui aura les qualités requises et le temps nécessaire pourra écrire plus en profondeur, avec détails et contextes, l'histoire "des gars et des filles de Tétreaulville"... alors leurs noms seront connus. En attendant, un seul moyen existe pour vous permettre de les connaître: assister aux sorties cafés rencontre et autres activités, ainsi qu'au C.A. Vous pourrez alors non seulement les connaître, mais si le besoin ou le désir s'en fait sentir, vous pourrez échanger une poignée de main et discuter avec eux du sujet qui les passionne le plus: "Tétreaulville ", c'est-à-dire L 'Association motocycliste Tétreaulville.

 

Marabout et Bourdon